Marne

Le KOOLONGA, navire de dimensions proches de celles de la MARNE

Historique :

           Ce gros cargo de la compagnie française de Navigation d'Orbigny (CNO) fût construit par la Sunderland  ShipBuilding Co. Mesurant 114,3 m de long sur 15,9 m de jarge et 7 m de creux, il jaugeait environ 4000 tx et était propulsé par une machine triple expansion de 2000 cv alimentée par 3 chaudières.

           Au début de la 1ère guerre mondiale, la CNO ne possédait que 2 cargos, le VOSGES et la MEUSE, tous les autres navires ayant été soit vendus soit envoyés à la démolition. Cinq vapeurs de grande taille avaient été commandés aux chantiers Sunderland ShipBuilding Co de manière à renouveler la flotte. La construction d'un seul d'entre eux, la MARNE, fût menée à terme à cause de la guerre. Le VOSGES s'échoua en 1914 et la MEUSE fût torpillée au large des côtes anglaises en 1917 : les derniers espoirs de la CNO reposaient sur la MARNE... Le cargo fût lancé le 23 juin 1917, armé de 2 canons de 90 mm modèle 1877 sur affût 1916, l'un à la proue, l'autre à la poupe. Cinq jours plus tard, il se retrouve avec un chargement de 6379 tonnes de charbon en tête d'un convoi de 7 navires ralliant Quiberon à Bordeaux, escorté par les patrouilleurs SAUTERELLE et CAROLINE V. Le temps est couvert et pluvieux. Malheureusement, cette belle unité est repérée par le veilleur de l'UC61 (commandant Georg Gerth), qui lança une torpille à 22h25 : la MARNE fût touchée en plein milieu, au niveau de la chaufferie sur tribord. La machien fût coupée mais le navire continua sur son aire, en gitant fortement du côté de l'impact. Le capitaine Chateauvieux ordonna l'évacuation du bateau, mais la mise à l'eau des embarcations se firent dans des conditions dramatiques. Au total, 28 hommes furent récupérés par les chalutiers armés de l'escorte, mais 10 hommes manquent à l'appel (3 matelots : Jean Le Sault, Henri Marc, Jules Servais / 3 chauffeurs : Hypolite Dutreuil, Louis Sabatier, Ange Gayot / Ali Ladjouze, soutier / Jacques Porte-Foue, cuisinier / Thomas Saunier, boulanger / Georges Hunneau, mousse). La MARNE finit par s'enfoncer par la proue, la poupe dressée hors de l'eau... L'UC61 n'en resta pas là puisqu'il coula le vapeur grec DRYSKOS le lendemain matin dans la même zone.

 La plongée :

 

           L'épave de la MARNE repose à environ 7 miles de l'Herbaudière, à une profondeur comprise entre 23 et 30 mètres sur un fond de sable et de roches. Ses restes ont été très abîmés par les longues années passées sur l'eau et par son pétaradage dans les années 30, mais l'épave est énorme, impossible à visiter en totalité en 1 ou 2 plongées. La visi y est souvent bonne (hormi par vent d'ouest établi). Le mouillage se fait généralement sur les chaudières ou près de la machine. Le villebrequin de cette dernière représente le point le plus haut de l'épave : il est impressionnant par sa taille et son bon état, avec ses grosses roues situées à chaque extrémité. Les bielles et les têtes de cylindres ont complètement basculé sur bâbord et reposent au pied du villebrequin : le cylindre BP est gigantesque (diamètre de plus d'un mètre). L'ensemble est étalé sur de grandes membrures plutôt bien conservées. Juste devant le piston HP gît un énorme condenseur identifiable par ses tubes très fins très rapprochés. On arrive ensuite aux 3 chaudières, dont la disposition anarchique ne facilite pas l'orientation : la première est posée perpendiculairement à l'axe du navire et dispose encore de tuyaux et autres soupapes. La coque s'est affaissée au niveau des 2 autres chaudières, qui sont tombées 2 mètres plus bas  : la chaudière centrale est dressée verticalement, foyers vers le haut, et seule la dernière semble encore à sa place. Dans cette zone, chaque trou et recoin est habité par un congre ou un homard de taille proportionnelle à celle du cargo. Le sol est recouvert de débris de tout genre : tôles rivetés, tuyaux... La partie avant est en mauvais état : on y reconnaît des bittes d'amarrage et une belle ancre parmi des membrures assez basses.

           Derrière la machine, en allant vers la poupe, on tombe sur l'arbre d'hélice (désolidarisé du villebrequin) : intact, il possède encore ses paliers et ses raccords boulonnés. Sur la gauche, 4 lignes parallèles de membrures remontent d'environ 1 mètre. Sur la droite, parmi un amoncellement de ferrailles, on reconnaît des bittes d'amarrage et une grande hélice de secours, près de 2 treuils. En avançant encore, l'arbre d'hélice se dédouble (pièces de rechange) et les superstructures du navire prennent du volume : on arrive sur la plus belle partie de l'épave, la poupe, énorme et impressionnante. On retrouve toute la structure d'un navire, complètement penchée sur bâbord : on identifie d'abord une pâle d'hélice verticale de 2 mètres. Le moyeu de l'hélice est bien visible, avec 2 pâles partiellement ensablées. Juste derrière, le safran d'environ 6 mètres de long, bien conservé avec ses gonds parfaitement intacts. Il se prolonge par le secteur de barre, situé à 6 mètres au dessus des débris parmi lesquels gisent des chaumards, bittes d'amarrage et treuils... Le passage entre l'hélice et l'étambot est très facile, compte tenu de la taille du navire ! On arrive alors sous des restes de coque formant une belle arche de quelques mètres de long, ajourée par les tôles manquantes. C'est le lieu de prédilection pour les tacauds, les vieilles et les motelles...

Dessin de La Marne (Benjamin PEPY - 2007)

Le secteur de barre vu du safran (Photo Eric Gohier)

Détail du villebrequin (Photo Eric Gohier)

Dernière mise à jour de cette page le 12/12/2008

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